Soutenance de thèse de Fabiola Melo Araneda
Résumé
Parmi le grand nombre d’élèves nouvellement arrivés au Québec, les élèves hispanophones en provenance de l’Amérique latine constituent un groupe relativement important, vivant plusieurs défis communs, tels que l’apprentissage de la langue d’accueil, des conditions socioéconomiques défavorables à leur arrivée au Québec et des situations de discrimination linguistique. Pour comprendre les parcours de ces élèves à Montréal, cette recherche documente leurs expériences scolaires subjectives et leur parcours éducatif à partir de la théorie du rapport au savoir (Charlot, 1994) et de l’expérience scolaire (Dubet et Martuccelli, 1998a). Cette recherche qualitative comprend des entretiens semi-dirigés réalisés avec 8 élèves (2 entretiens avec chaque élève, pour un total de 16 entretiens) et leurs 3 enseignantes et enseignants (1 entretien par enseignante ou enseignant), de 5 classes régulières de secondaire 4 et 5. Une analyse thématique de contenu a été réalisée, ainsi qu’une analyse typologique de leur rapport au savoir, au fil de leur expérience scolaire.
Les résultats soulignent que le parcours antérieur des élèves dans le pays d’origine influence leur perception du système scolaire québécois. Un décalage perçu entre les deux systèmes éducatifs, tel qu’un niveau d’exigence jugé moins élevé au Québec comparativement au pays d’origine, donne lieu notamment à des perceptions critiques de l’école québécoise. En ce qui a trait au rapport au savoir en classe régulière, l’image que l’élève a de lui-même se transforme dû à la période de l’adolescence, mais aussi dû à son parcours d’immigration (dimension identitaire du rapport au savoir). Bien que les élèves valorisent différents types d’apprentissages à l’école québécoise (intellectuels, de la vie quotidienne et affectifs) (dimension épistémique), des barrières (ex. difficulté d’accès aux informations clés pour décoder le système scolaire) et des facilitateurs (ex. accès à des enseignants médiateurs du système) jalonnent leur expérience scolaire et leur rapport au savoir (dimension sociale). De même, les élèves construisent leur rapport au savoir en suivant certaines logiques d’action qu’ils mobilisent différemment selon leurs objectifs. Cette typologie montre que les élèves s’inscrivent en grande partie dans la logique d’intégration au système scolaire d’accueil, mais en ayant en tête le haut niveau d’exigence qui était valorisé dans leur pays d’origine de même que le projet migratoire de leurs parents valorisant leur réussite (logique stratégique).
Enfin, les résultats soulignent que les élèves disposent de ressources personnelles variées, liées à un capital culturel familial élevé, qu’ils remobilisent dans le pays d’accueil. Cet habitus transnational leur permet de surmonter les barrières vécues à l’arrivée. Bien que leur rapport au savoir soit structuré par divers décalages entre les systèmes scolaires fréquentés, il reste que leurs histoires de vie, de scolarisation et d’immigration constituent un élément clé pour comprendre la réussite de leur parcours scolaire. Les élèves démontrent une agentivité dans le projet familial d’immigration et leur processus de scolarisation. En conclusion, la thèse souligne qu’il est important, pour les personnels scolaires, de considérer leurs parcours scolaires prémigratoires, leurs capitaux et leur agentivité, mais surtout de voir les savoirs des élèves lors de leur arrivée du pays d’origine comme une richesse.
Mots-clés : rapport au savoir; élèves issus de l’immigration; élèves hispanophones; école secondaire; expérience scolaire; Québec.
Emplacement : Université de Montréal - Pavillon Marie-Victorin : local B-328