Dans le cadre de la 14e Biennale de l'Association pour la recherche sur l'intervention en sport (ARIS 2026), la journée du samedi s'est ouverte par la remise des Prix Jeunes chercheurs, suivie d'une conférence plénière prenant la forme d'une table ronde intitulée La formation dans un souci de durabilité : vers une base commune pour former le personnel enseignant et intervenant de demain?. Animée par la professeure Cecilia Borges, cette discussion réunissait Caterina Mamprin, Olivier Vors et Andrea J. Woodburn autour d'un enjeu central : repenser la formation des enseignants et des intervenants en éducation physique dans une perspective de durabilité des pratiques professionnelles.
En introduction, la modératrice a rappelé le rôle stratégique des professionnels qualifiés en éducation physique, en sport et en activité physique pour répondre aux défis éducatifs contemporains. Les premiers échanges ont permis de préciser la notion d'« intervenant en éducation physique », en soulignant la diversité des acteurs concernés et la nécessité d'adopter une conception élargie de leurs compétences professionnelles.
La deuxième thématique a porté sur l'efficacité collective des équipes éducatives. Les panélistes ont reconnu que cette dimension demeure encore peu intégrée dans les programmes de formation initiale. Ils ont insisté sur l'importance d'évaluer les effets réels des dispositifs de formation sur les pratiques professionnelles plutôt que de se limiter à la transmission de contenus théoriques. En particulier, les intervenants ont souligné l'absence de données probantes permettant d'affirmer avec certitude l'efficacité des formations destinées aux entraîneurs sportifs, illustrant ainsi le besoin d'une recherche davantage ancrée dans les réalités du terrain.
La coconstruction au cœur des pratiques durables
Les échanges ont également mis en évidence l'importance de la co-construction des modèles d'intervention avec les praticiens. Les panélistes ont unanimement défendu une démarche partenariale reposant sur l'analyse préalable des besoins exprimés par les enseignants plutôt que sur l'imposition de modèles conçus exclusivement par les chercheurs. Cette approche collaborative apparaît comme une condition essentielle de l'appropriation durable des innovations pédagogiques. La durabilité de la formation implique également une forte interdisciplinarité, mobilisant les enseignants d'éducation physique en collaboration avec ceux des autres disciplines afin de construire des réponses cohérentes aux enjeux éducatifs actuels.
La troisième question a porté sur le bien-être et la pérennité des carrières enseignantes. Les intervenants ont rappelé qu'environ 30 % des enseignants quittent la profession au cours de leurs cinq premières années d'exercice, malgré les efforts consentis par les universités dans la formation initiale. Ils ont ainsi plaidé pour une articulation plus étroite entre formation initiale et formation continue, susceptible d'accompagner durablement le développement professionnel des enseignants. Les échanges ont également montré que la notion de durabilité demeure parfois mal comprise, certains enseignants l'associant exclusivement aux enjeux écologiques. Les panélistes ont alors proposé de dépasser une simple logique de sensibilisation pour privilégier une mise en action concrète des enseignants et des élèves, dans une perspective de transformation des pratiques.
La période de discussion avec l'auditoire a enrichi ces réflexions. Plusieurs participants ont soulevé les difficultés rencontrées pour établir des collaborations durables avec les milieux scolaires, la surcharge de travail des enseignants constituant un obstacle majeur à la co-construction. En réponse, les panélistes ont insisté sur la nécessité d'adopter une posture d'écoute, en construisant les projets de recherche à partir des préoccupations réelles des praticiens. Selon eux, le chercheur ne doit pas imposer des solutions prédéterminées, mais offrir des outils facilitant le travail déjà réalisé sur le terrain. Cette logique de partenariat contribue à instaurer un langage commun entre chercheurs et praticiens tout en renforçant la pertinence des dispositifs proposés.
Enfin, les discussions ont élargi la réflexion aux systèmes de formation des entraîneurs sportifs, au développement à long terme des jeunes, au rôle des parents ainsi qu'à l'influence des politiques publiques sur les pratiques professionnelles. Plusieurs intervenants ont rappelé que les indicateurs de performance actuellement privilégiés favorisent souvent des résultats à court terme au détriment du développement global de l'enfant. En conclusion, les panélistes ont souligné que la durabilité des pratiques éducatives ne peut être atteinte qu'à travers une responsabilité partagée entre chercheurs, formateurs, praticiens, décideurs politiques et communautés professionnelles. Les sociétés savantes internationales, telles que l'ARIS, apparaissent ainsi comme des espaces privilégiés favorisant les échanges scientifiques, la mutualisation des expériences et la coconstruction de connaissances susceptibles d'améliorer durablement les pratiques en éducation physique et en intervention sportive.
Cet article a été rédigé dans le cadre de la série Dans les coulisses d'ARIS 2026 : regards de la relève scientifique (article 5/5).