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Dans les coulisses d’ARIS 2026 : regards de la relève scientifique, avec Samir Ouddah

Conférence principale | 2 juillet

S’engager durablement dans l’activité physique, avec Suzanne Laberge

Article de Samir Ouddah, étudiant de 3e année au doctorat en sciences de l'éducation. Direction de recherche Annie Malo.


La Faculté des sciences de l’éducation de l’Université de Montréal a eu le plaisir d’accueillir la 14e Biennale de l’Association pour la recherche et l’intervention en sport (ARIS). Le rendez-vous scientifique international est organisé en collaboration avec l’École de kinésiologie et des sciences de l’activité physique de l’Université de Montréal. L’événement a constitué une occasion privilégiée de renforcer les liens entre les communautés scientifiques francophones et de réfléchir collectivement aux enjeux actuels de l’intervention en activité physique et en sport.

Une ouverture placée sous le signe de la collaboration internationale

La séance plénière d’ouverture a débuté avec le mot d’accueil du président de l’ARIS, Gilles Ulrich, qui a souligné l’importance du travail collectif ayant permis la tenue de cet événement. Il a tenu à remercier chaleureusement Ahlem Ammar, Doyenne de la Faculté des sciences de l’éducation, et Cécilia Borgès, vice-doyenne aux études supérieures et à la recherche de la Faculté des sciences de l’éducation. Ses remerciements s’adressent également à l’ensemble des personnes et partenaires institutionnels ayant contribué à l’organisation de la Biennale.

Gilles Ulrich a rappelé les deux années de préparation nécessaires à la réalisation de cette rencontre et l’engagement soutenu de toutes les équipes impliquées. Selon lui, la Biennale offre les conditions idéales pour travailler ensemble, partager les connaissances et redynamiser la communauté de l’ARIS.

Il a également souligné le caractère particulier de cette édition montréalaise. Bien que l’événement se déroule dans un contexte marqué par certains défis organisationnels, notamment liés au congé de la fête du Canada, les participantes et participants bénéficient pleinement des installations et de l’accueil de l’Université de Montréal.

Pourquoi une Biennale au Canada ?

Gilles Ulrich a rappelé l’importance de maintenir et de développer les liens avec la communauté scientifique canadienne. Après une précédente édition tenue à Sherbrooke en 2010, le retour de l’ARIS au Canada témoigne de la place importante qu’occupent les chercheurs et chercheuses canadien·nes au sein de l’association.

Cette présence outre-Atlantique permet de nourrir des échanges réciproques et d’enrichir les réflexions autour des sciences de l’éducation et de l’intervention en activité physique. Pour le président de l’ARIS, les défis actuels dépassent largement les frontières nationales. Les bouleversements sociaux, écologiques et technologiques observés au cours des dernières années rendent plus nécessaire que jamais une réflexion collective sur la qualité de l’enseignement et de l’intervention en sport.

Évoquant ses premières impressions de Montréal, il a également souligné la vitalité des pratiques physiques observées dans l’espace public : coureurs, marcheurs, cyclistes se côtoient dans une ville marquée par le brassage des cultures et des générations. Ces scènes du quotidien constituent pour lui une source d’inspiration, révélant la richesse des dynamiques sociales et sportives qui font vibrer la métropole québécoise.

Une conférence d’ouverture portée par Suzanne Laberge

La séance s’est poursuivie avec la conférence d’ouverture de Suzanne Laberge, professeure émérite et figure marquante du domaine de la kinésiologie et de la promotion de l’activité physique au Canada et dans le monde.

Reconnue pour l’importance de ses travaux sur les liens entre activité physique, inégalités sociales, vulnérabilité et intervention psychosociale, Suzanne Laberge a contribué, tout au long de sa carrière, à l’avancement des connaissances scientifiques ainsi qu’au développement des politiques et des programmes favorisant un mode de vie actif. Son engagement a notamment été souligné en 2024 lors de la reconnaissance honorifique Montréal physiquement actif, et une bourse d’excellence porte aujourd’hui son nom dans le programme de kinésiologie.

Prenant la parole devant l’auditoire, elle a exprimé sa gratitude d’avoir été invitée à prononcer cette conférence d’ouverture, qu’elle considère comme l’un des privilèges marquant la fin de sa carrière universitaire.

« Je viens davantage proposer un cadre de référence que des outils », a-t-elle précisé d’entrée de jeu.

Comprendre les transformations sociales pour mieux intervenir

Sous le thème « Vers une éducation physique et des pratiques d’activités physiques et sportives favorisant des apprentissages signifiants et durables », Suzanne Laberge a invité les participantes et participants à réfléchir aux réponses que peut apporter la communauté scientifique aux grands enjeux contemporains.

Sa conférence s’est articulée autour de trois axes principaux. D’abord, elle a dressé un portrait des transformations sociales qui affectent l’ensemble des secteurs de la société, particulièrement les jeunes. Ensuite, elle amène à réfléchir aux implications de ces changements pour le développement des personnes. Enfin, elle nous a invitées à explorer certaines pistes d’action inspirées, notamment des initiatives québécoises visant à favoriser la pratique quotidienne de l’activité physique chez les jeunes.

L’un des constats marquants de sa présentation concerne les effets durables de la pandémie sur les habitudes de pratique physique, particulièrement chez les filles. Malgré les efforts déployés en milieu scolaire, les difficultés à mobiliser durablement certains groupes de jeunes demeurent importantes.

Suzanne Laberge a également attiré l’attention sur l’augmentation constante du temps passé devant les écrans, phénomène observé dans plusieurs pays et qui influence directement les comportements liés à l’activité physique.
 

Une période de turbulence

Selon Suzanne Laberge, ces constats s’inscrivent dans un contexte marqué par plusieurs défis sociaux importants. Elle souligne notamment la hausse du décrochage scolaire et le questionnement de certains jeunes quant à la pertinence de l’école. À cela s’ajoutent l’aggravation des inégalités sociales ainsi que les enjeux liés à l’équité, à la diversité et à l’inclusion. Elle observe également une montée des phénomènes de radicalisation. Ces constats nécessitent des réponses éducatives adaptées, selon la chercheuse.

« Nous sommes dans une période de turbulence », a-t-elle résumé.

Face à cette réalité, elle invite les intervenantes et intervenants à repenser leurs pratiques afin qu’elles répondent davantage aux besoins et aux expériences vécues par les jeunes.
 

Miser sur les ressources plutôt que sur les déficits

Au cœur de sa réflexion se trouve l’approche salutogénique développée par Aaron Antonovsky, ainsi que les travaux plus récents portant sur les expériences significatives en éducation physique.

Ces approches partagent un principe fondamental où les individus évoluent continuellement sur un continuum de santé et de bien-être. L’attention des intervenants devrait donc être portée sur les ressources, les capacités et le potentiel d’action des personnes plutôt que sur leurs difficultés.

Appliquée à l’éducation physique et aux activités sportives, cette vision invite les intervenantes et intervenants à créer des environnements favorisant le sentiment de compétence, l’engagement, la participation et le pouvoir d’agir.

« C’est le contexte qui crée l’intervention. »

Suzanne Labege souligne dans son allocution que les innovations pédagogiques ne reposent pas uniquement sur des outils ou des programmes prédéfinis, mais sur la capacité des personnes intervenantes à adapter leurs actions aux réalités concrètes des jeunes qu’elles accompagnent.
 

Des apprentissages signifiants et durables

Finalement, Suzanne Laberge encourage la communauté réunie à Montréal à poursuivre le développement de pratiques qui favorisent des expériences significatives en activité physique.

Elle nous rappelle que les défis actuels exigent des interventions sensibles aux contextes sociaux et capables de soutenir l’engagement durable des jeunes dans l’activité physique Plus que jamais, il importe de créer des environnements où chaque personne peut développer son potentiel, renforcer son sentiment d’appartenance et trouver du sens dans sa participation.

Les participants ont tenu à souligner l’apport remarquable de Suzanne Laberge à l’avancement des connaissances sur les pratiques et interventions en activité physique. Tout au long de sa carrière, ses travaux et son engagement ont contribué à enrichir la réflexion sur le rôle de l’activité physique dans le développement des personnes et des communautés. Les travaux qu’elle a partagées lors de cette conférence continueront sans aucun doute d’inspirer les milieux de la recherche et de l’intervention. Ils trouveront un prolongement dans les travaux des nouvelles générations de chercheuses et de chercheurs, appelées à poursuivre et à enrichir cette réflexion inspirante.


Cet article a été rédigé dans le cadre de la série Dans les coulisses d'ARIS 2026 : regards de la relève scientifique (article 2/5).


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