Le 2 juillet 2026, l’Université de Montréal a accueilli la séance d’ouverture de la 14e Biennale de l’Association pour la recherche sur l’intervention en sport (ARIS). L’événement avait pour thème « Vers une éducation physique et des pratiques d’activité physique et sportive durables ».
Les allocutions d’ouverture ont souligné l’importance de la collaboration internationale au sein de la communauté scientifique ainsi que la nécessité de réfléchir aux bouleversements écologiques, sociaux et technologiques qui transforment les milieux éducatifs. Dans cette perspective, la durabilité ne se limite pas à la mise en place de pratiques respectueuses de l’environnement : elle suppose également de favoriser des apprentissages significatifs, accessibles et susceptibles de soutenir la pratique d’activités physiques tout au long de la vie.
La conférence plénière, intitulée « Pour des activités physiques et sportives signifiantes et salutogéniques dans un monde en mutation », a été prononcée par Suzanne Laberge, professeure associée à l’École de kinésiologie et des sciences de l’activité physique de l’Université de Montréal. Titulaire d’un doctorat en anthropologie, celle-ci a consacré une grande partie de sa carrière à la promotion de l’activité physique, à l’étude des inégalités sociales et à l’évaluation de programmes utilisant le sport comme outil d’intervention psychosociale.
Des transformations qui appellent de nouvelles interventions
Suzanne Laberge a d’abord dressé un portrait préoccupant de la participation des jeunes aux activités physiques et sportives. Les données présentées montrent notamment une diminution marquée de l’activité physique à l’adolescence, particulièrement chez les filles, ainsi qu’une augmentation du temps passé devant les écrans.
Ces tendances s’inscrivent dans un contexte social plus large, caractérisé par l’accroissement des problèmes de santé mentale, la comparaison sociale alimentée par les réseaux numériques, les pressions liées à la performance, les inégalités sociales et la diversification des réalités culturelles, identitaires et familiales. La révolution numérique transforme également les manières d’apprendre, de socialiser et de se représenter la réussite.
Face à ces changements, la conférencière a invité les personnes intervenant en éducation physique, en activité physique et en sport à repenser leurs pratiques. L’objectif ne devrait pas seulement être d’augmenter quantitativement le temps consacré à l’activité physique, mais de créer des expériences inclusives qui permettent aux jeunes de développer leur autonomie, leur sens des responsabilités et leur bien-être physique, mental et émotionnel.
Croiser l’approche salutogénique et les activités physiques signifiantes
Pour orienter cette réflexion, Suzanne Laberge a proposé de croiser deux cadres de référence issus d’univers théoriques différents : l’approche salutogénique d’Aaron Antonovsky et l’approche des activités physiques et sportives signifiantes, inspirée des travaux sur la Meaningful Physical Education.
Contrairement à une perspective centrée sur les causes de la maladie, l’approche salutogénique cherche à comprendre ce qui permet aux personnes de préserver leur santé et de faire face aux difficultés. Son concept central, le sentiment de cohérence, repose sur trois dimensions : la compréhensibilité de la situation, la possibilité d’accéder aux ressources nécessaires pour agir et le sentiment que les défis rencontrés méritent que l’on s’y engage. Appliquée aux milieux éducatifs, cette approche signifie que les personnes intervenantes doivent comprendre les enjeux propres à leur contexte, croire en la disponibilité des ressources et percevoir la pertinence de leurs actions. Les jeunes doivent, de leur côté, pouvoir comprendre ce qu’ils vivent, sentir qu’ils ont leur place dans le groupe et considérer les ressources comme accessibles.
L’approche des activités physiques signifiantes met quant à elle l’accent sur les interactions sociales positives, les défis adaptés aux capacités de chaque personne, la pertinence personnelle des activités et les liens avec les autres sphères de la vie. Suzanne Laberge a notamment rappelé que le plaisir ne peut pas simplement être imposé comme un objectif : il constitue plutôt la conséquence d’une expérience qui correspond aux intérêts, aux aspirations et aux besoins de chaque personne.
Mobiliser l’ensemble du milieu scolaire
La conférencière a illustré sa proposition à partir de l’évaluation de la mesure gouvernementale, « À l’école, on bouge! », qui visait à offrir quotidiennement 60 minutes d’activité physique aux élèves du primaire. Cette mesure non prescriptive accordait une aide financière dégressive pendant trois ans aux écoles participantes, afin qu’elles développent progressivement des pratiques autonomes et durables.
L’étude menée auprès de 415 écoles a montré l’importance de mobiliser toute l’équipe-école, de partager les connaissances sur les bienfaits de l’activité physique, d’identifier des personnes responsables et de mettre à profit les ressources du milieu, notamment les élèves, les parents, les organismes partenaires et les autres établissements scolaires. L’un des résultats les plus marquants est le lien observé entre la mobilisation collective et l’innovation : plus l’équipe-école était engagée, plus les initiatives mises en œuvre en matière d’activité physique et sportive étaient nombreuses et significatives.
En conclusion, Suzanne Laberge a présenté l’alliance entre l’approche salutogénique et celle des activités physiques signifiantes comme un cadre prometteur pour concevoir des pédagogies innovantes, diversifiées et adaptées aux différents contextes. Son message central peut se résumer ainsi : pour favoriser un engagement durable, les activités physiques doivent non seulement être accessibles, mais aussi avoir du sens pour les personnes qui les pratiquent.
Cet article a été rédigé dans le cadre de la série Dans les coulisses d'ARIS 2026 : regards de la relève scientifique (1/5).