Le 3 juillet 2026, la deuxième journée de la 14e Biennale de l’ARIS, organisée à l’Université de Montréal, a offert un temps de réflexion sur les fondements de la recherche en intervention ainsi que sur son rôle dans un monde marqué par d’importantes transformations environnementales, sociales et technologiques.
La conférence plénière a d’abord été consacrée à plusieurs figures ayant contribué au développement de la recherche francophone en éducation physique et en sciences de l’intervention. Les interventions ont notamment rappelé les apports de Maurice Piéron à l’analyse de l’enseignement et à la formation du personnel enseignant, ainsi que son rôle dans la structuration des échanges scientifiques internationaux ayant précédé la création de l’ARIS.
Un hommage a également été rendu à André Terrisse, présenté comme l’un des bâtisseurs de la didactique clinique. Ses travaux ont contribué à placer la singularité des personnes enseignantes et apprenantes au cœur de l’analyse des processus de transmission et d’appropriation des savoirs. Son héritage a été résumé par une formule qui continue d’orienter de nombreux travaux : « Pas de savoir sans sujet, pas de sujet sans savoir. »
Les contributions de Jean-Marie Barbier à l’étude de l’activité humaine et de Jean-Louis Martinand à la réflexion sur les pratiques sociotechniques de référence ont aussi été soulignées. Ces hommages ont montré que les sciences de l’intervention se sont développées à la croisée de plusieurs traditions théoriques et méthodologiques, tout en demeurant attentives à l’activité concrète des personnes, à leur expérience et aux contextes dans lesquels elles agissent. La présentation du deuxième ouvrage collectif porté par l’ARIS et de la revue scientifique en libre accès eJRIEPS a ensuite permis de mettre en évidence la continuité et la vitalité de cette communauté de recherche.
Ensuite, la conférence plénière a pris la forme d’une table ronde intitulée « Repenser les pratiques d’intervention : favoriser des enseignements et des apprentissages adaptés à un contexte en constant changement ». Animée par Hugo Beausoleil, elle réunissait Brice Favier-Ambrosini, professeur à l’Université du Québec à Chicoutimi, et Tegwen Gadais, professeur à l’Université du Québec à Montréal. Les échanges portaient sur les pratiques d’enseignement, de promotion de l’activité physique et d’entraînement sportif dans une perspective de durabilité. Brice Favier-Ambrosini a d’abord rappelé que la durabilité demeure une notion polysémique. Selon les contextes, elle peut désigner la contribution de l’éducation physique aux 17 objectifs de développement durable selon la perspective de l’ONU.
Cette diversité oblige les équipes de recherche et d’intervention à préciser ce qu’elles souhaitent rendre durable. S’agit-il de prolonger la pratique d’activités physiques au cours de la vie, de réduire les inégalités, de protéger l’environnement, de transformer le rapport des jeunes à la nature ou de leur permettre de s’engager durablement dans des apprentissages complexes?
Tegwen Gadais a pour sa part insisté sur la nécessité de rendre ces réflexions concrètes. Les changements climatiques ont déjà des conséquences directes sur les pratiques : vagues de chaleur, inondations et événements météorologiques extrêmes imposent de revoir la planification des activités et les conditions dans lesquelles les jeunes peuvent bouger en toute sécurité. Il a également invité à prendre en considération les inégalités environnementales, puisque les populations qui ont le moins contribué à la crise climatique en subissent souvent les conséquences les plus graves.«
Comprendre les expériences pour mieux intervenir
Les panélistes ont ensuite abordé la diversité des approches permettant d’étudier les pratiques d’intervention. Aux questionnaires et aux grilles d’observation peuvent s’ajouter des entretiens d’autoconfrontation, des récits de vie et d’expérience, des dessins ou encore des démarches créatives adaptées aux enfants et aux populations dont la parole est moins facilement recueillie par les méthodes traditionnelles.
Ces approches permettent de mieux comprendre la manière dont les jeunes vivent les activités proposées et donnent un sens à leur environnement. Leur rapport à la nature ne se construit pas de façon uniforme : il est notamment influencé par leur milieu social, leurs expériences familiales et leurs conditions de vie. Une activité en plein air peut ainsi représenter, pour certains élèves, un espace de découverte et de bien-être, tandis qu’elle peut être perçue par d’autres comme un lieu inconnu, inconfortable ou hostile. La recherche doit donc éviter de supposer qu’un même dispositif produira les mêmes effets chez toutes et tous. Les pratiques d’intervention doivent être diversifiées et adaptées aux expériences, aux cultures et aux ressources des personnes concernées.
Passer de la sensibilisation à l’action
Plusieurs pistes concrètes ont été discutées : l’école à l’extérieur, l’éducation relative à l’environnement, les activités de marche, les pratiques sportives minimalistes, l’allongement des séquences d’apprentissage ainsi que la mise en situation du personnel enseignant face à des scénarios de canicule, d’inondation ou d’autres événements climatiques.
Les échanges ont toutefois montré que la transmission d’informations sur l’environnement ne suffit pas. Une transformation durable exige aussi des apprentissages corporels, perceptifs, sociaux et politiques. Les élèves doivent pouvoir apprendre à observer leur environnement, à y agir avec attention et à développer des techniques leur permettant d’entretenir un rapport plus responsable avec les lieux, le matériel et les autres personnes.
La discussion avec le public a permis de regrouper les interventions possibles autour de plusieurs dimensions complémentaires : la conscientisation aux enjeux environnementaux, l’éducation au politique, l’apprentissage de techniques corporelles plus sobres et le développement d’une sensibilité à la nature. Les panélistes ont également insisté sur la nécessité de prendre au sérieux les savoirs et les rapports au territoire développés par les peuples autochtones, tout en évitant leur récupération superficielle ou leur appropriation.
Cette table ronde a montré que repenser les pratiques d’intervention ne consiste pas à appliquer une solution unique. Il s’agit plutôt de ralentir lorsque cela est nécessaire, d’approfondir les apprentissages, de diversifier les approches et de tenir compte des réalités sociales et environnementales des jeunes. Dans un monde en constant changement, la durabilité suppose ainsi de concevoir des interventions capables de transformer à la fois les savoirs, les expériences corporelles et les rapports que les personnes entretiennent avec les autres et leur environnement.
Cet article a été rédigé dans le cadre de la série Dans les coulisses d'ARIS 2026 : regards de la relève scientifique (article 3/5).