Un vent de changement souffle en effet de plus en plus fort sur le milieu universitaire avec l’arrivée de gouvernements et de décideurs porteurs d’une vision restrictive et instrumentalisée de notre mission. Désormais, tout semble devoir être mis au service de besoins spécifiques et circonscrits. Il nous faudrait aujourd’hui abandonner des valeurs fondamentales comme l’inclusion et la justice sociale. La pertinence de la recherche fondamentale est remise en question, et il faudrait nous consacrer quasi exclusivement à la recherche appliquée pour ne résoudre que des problèmes restreints et particuliers. Ces attaques régulières sur les activités de nos universitaires, en particulier sur leurs recherches, jettent de plus en plus souvent un doute sur la pertinence même de l’existence des Universités et de leurs Facultés.
Or, se poser la question de la pertinence d’une Faculté des Sciences de l’Éducation revient à se poser la question de l’importance de chaque partie de notre corps et de la cohérence de son fonctionnement. Notre cerveau ne peut agir seul, il a besoin de tout un corps pour lui répondre. Une main est impuissante si elle ne sait pas où aller et dans quelle intention.
Une Faculté des Sciences de l’Éducation n’est pas seulement pertinente, elle est nécessaire à la vie et à la cohésion d’une société.
Elle est fondamentale parce qu’elle forme les enseignants et les enseignantes dont nous célébrons le talent cette semaine, qui forment à leur tour les citoyens de demain. Elle est structurante parce qu’elle donne naissance aux leaders du système éducatif que sont les enseignants, les directions d’établissement, les orthopédagogues, les conseillers pédagogiques et tous les autres professionnels qui dessinent notre avenir et celui de nos enfants. Elle est éclairante parce qu’elle accompagne et nourrit le milieu scolaire grâce à des recherches partenariales qui améliorent les pratiques et les réalités scolaires. Elle est innovante parce qu’elle travaille de concert avec ce même milieu grâce à des projets novateurs comme celui des écoles associées qui viennent en aide à l’équipe-école et favorisent la réussite de tous les élèves.
Notre Faculté des Sciences de l’Éducation est essentielle parce qu’elle garantit l’excellence autant que l’identité québécoise.
Alors, se poser la question de la pertinence d’une Faculté des Sciences de l’Éducation, c’est oublier que la santé est un concept complexe, qu’on ne peut pas faire l’impasse de l’esprit pour ne s’occuper que des symptômes d’un corps. C’est revenir à l’âge de pierre en oubliant que toutes les avancées nous ont permis de comprendre que nous formons un Tout, que notre esprit est lié à notre corps, et c’est de leur respect et de leur cohésion que nait l’équilibre recherché.
Ainsi en va-t-il de la santé de notre système éducatif, et donc pour celle de notre société québécoise présente et à venir.
Chers membres de notre communauté facultaire, si j’ai un vœu à formuler pour 2025, je souhaite que nous puissions travailler de nouveau sereinement pour mener à bien notre mission de garant de la bonne santé de notre monde de l’éducation.
Ahlem Ammar, doyenne