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Résilience en milieu universitaire : parcours d’un doctorant béninois à l’UdeM

Ce portrait s'inscrit dans le cadre du Mois de l'histoire des Noirs.


Originaire du Bénin, Sylvain Miklohoun fait ses études doctorales en sciences de l’éducation à l’Université de Montréal, avec un intérêt prononcé pour l’intelligence artificielle en éducation. Son parcours, marqué par la mobilité et l’interdisciplinarité, l’a conduit du Bénin à la France, puis au Québec, entre enseignement du français, ingénierie de projets internationaux en éducation et technologies. 

« Ce qui m’anime depuis toujours, c’est la justice sociale et l’inclusion scolaire, une sensibilité issue de mon enfance passée auprès de personnes vulnérables. Aujourd’hui, j’intègre cette cause dans tous mes engagements, y compris dans le monde de la recherche, où les technologies attisent ma curiosité. »

Sylvain est également passionné de poésie. Le tout combiné le fait rêver d’un idéal où les technologies contribuent à donner à chaque personne la place qu’elle mérite, sans ôter la poésie de l’existence humaine… et encore moins le goût du social et l’émerveillement devant les simplicités de la vie.


Des valeurs fortes comme boussole

Les valeurs qui ont guidé le parcours de notre étudiant sont d’abord la foi, la persévérance et le sens de l’impact social. Elles lui ont été transmises dans un cadre familial où la dignité, la solidarité et la fierté de contribuer au bien commun sont prépondérantes. 

« Avec le temps, j’ai appris que l’excellence n’a de sens que lorsqu’elle s’accompagne d’un véritable équilibre entre bien-être et accomplissement. Aux jeunes, j’aimerais dire ceci : cultivez votre résilience, intégrez-vous pleinement dans la société qui vous accueille sans perdre votre identité et ne vous laissez pas décourager par les chocs culturels ou les obstacles. » 

Il invite également les personnes étudiantes à chercher leur « légende personnelle » selon l’expression de Paulo Coelho dans L’Alchimiste, et à la mettre au service de leur communauté. Osez rêver grand, avancez pas à pas, n’ayez pas peur d’ouvrir des chemins peu empruntés. Pour lui, chaque pas compte. Et le choix de la personne qui encadre les études est tout aussi déterminant que le choix de carrière.


Quand l’intelligence artificielle devient un levier d’inclusion

Les travaux de Sylvain s’inscrivent à l’intersection de l’intelligence artificielle (IA) en éducation, de l’éthique de conception des agents conversationnels et des systèmes tutoriels intelligents. « Je m’intéresse surtout à la manière dont l’IA peut soutenir l’apprentissage tout en préservant l’autonomie humaine, sans renforcer les inégalités, notamment pour les personnes apprenantes en situation de handicap. Je fais de la recherche-développement, avec des approches centrées sur l’humain et des méthodes participatives, afin de concevoir des technologies éducatives inclusives et utiles aux communautés éducatives. »

Il est stimulé par les questions interdisciplinaires et encore peu explorées, qui prennent tout leur sens à travers ses échanges avec son directeur de recherche, Normand Roy. « Étudier aux cycles supérieurs au Québec est une expérience à la fois exigeante et extrêmement enrichissante », tient-il à souligner. Il évolue dans un cadre académique rigoureux, stimulant et ouvert à l’interdisciplinarité, où l’évaluation est réellement conçue comme un levier de formation.

Les défis existent : pression de performance, charge mentale, adaptation culturelle et enjeux financiers. Mais il les surmonte grâce à un encadrement bienveillant de son directeur, aux opportunités de travail in situ adaptées à son domaine, à un soutien financier et à une implication active dans la vie associative et dans les instances universitaires.

« Cette implication, combinée au soutien de mon entourage académique, professionnel et amical, m’a permis de développer un sentiment d’appartenance. De plus, les services psychologiques de l’université offrent un appui précieux, au besoin. »

Des prix qui font la différence

Son parcours a été facilité par des bourses d’excellence régulièrement attribuées, notamment celles de la doyenne. Il a été récipiendaire d’autres bourses, comme celle du GRIIPTIC (Groupe de recherche inter-établissement sur l'intégration pédagogique des technologies de l'information et de la communication), ainsi que des bourses d’engagement étudiant de l’UdeM. La bourse Gisèle et Raymond Coulombe, destinée aux personnes d’origine africaine, a également été un coup de pouce. C’est sans compter le Prix de l’excellence au Colloque éducatif présent (CÉP), auquel il invite les personnes étudiantes à vraiment participer.

Le Québec représente pour Sylvain un espace où se croisent innovation pédagogique, technologies éducatives et inclusion scolaire. Après un premier parcours en France, il a réalisé qu’il lui manquait un environnement où ces enjeux s’articulent réellement avec des opportunités de financement fondées sur le mérite. Le Québec s’est imposé naturellement après un stage Mitacs effectué à l’Université Laval en 2023, sous la supervision du professeur Abdoulaye Anne. Il faut reconnaître que la pédagogie et la bienveillance de son directeur de recherche actuel, le professeur Normand Roy, lui ont permis de compléter ses études à l’UdeM.

Le Québec est aussi la province des artistes qui ont accompagné son adolescence, notamment Céline Dion et Garou. Toutes ces raisons l’ont convaincu de poursuivre ses études dans la Belle Province, en dépit de deux refus de demandes de permis d’études il y a une dizaine d’années. Loin de se décourager, ces refus lui ont permis de mieux faire la connaissance du professeur Anne et de poursuivre son développement personnel.

« Ce qui m’inspire au quotidien, ce sont d’abord les parcours de dépassement de personnes dont rien, socialement, ne prédestinait la réussite. Le cheminement de mon mentor béninois, qui a même financé mes études en France, en est un exemple. J’ai aussi été porté par l’espoir familial placé en moi dès mes débuts universitaires, notamment la promesse doctorale faite à mon père et à deux de mes proches, tous partis trop tôt à mon arrivée ici, alors que les fruits qu’ils ont contribué à arroser n’avaient même pas encore mûri… »

En conclusion, Sylvain a la conviction que son travail peut contribuer, même modestement, à un monde plus juste et plus inclusif. Comme il l’exprime lui‑même : « En réalité, je travaille souvent sur des défis que je vis moi‑même ou que vit mon entourage, et cette proximité nourrit ma persévérance et mon engagement. »